Le film
Après les identités qui se brouillent dans Persona et Mulholland Drive, place à celui qui décide tout simplement d’en changer.
Jack Nicholson abandonne sa propre vie pour endosser celle d’un mort — et Antonioni transforme cette fuite en un fascinant voyage à travers l’Europe et l’Afrique. Profession : Reporter est à la fois un film d’aventure, un thriller existentiel et une réflexion envoûtante sur le désir de disparaître et de devenir quelqu’un d’autre.
Un film élégant, mystérieux, porté par Jack Nicholson et Maria Schneider, avec l’un des plans-séquences les plus célèbres de l’histoire du cinéma.
« L’aventure cinématographique la plus intense que j’aie jamais vécue. »
Jack Nicholson
Le mot d’ouverture
On poursuit le Chapitre III, “Identité volée / rôle impossible”. Après Persona, deux femmes qui se confondent, et Mulholland Drive, une femme qui ne sait plus qui elle est, ce soir l’identité volée au sens le plus littéral : un homme qui prend la place d’un mort. On quitte le rêve pour le désert.
Michelangelo Antonioni, 1912-2007, mort le même jour que Bergman, le 30 juillet 2007 : curieux clin d’œil pour un chapitre ouvert avec Persona. C’est le cinéaste de l’“incommunicabilité” : L’Avventura, La Nuit, L’Éclipse, Le Désert rouge, des couples qui se parlent sans se comprendre, des personnages qui se dissolvent dans les paysages. L’un des rares cinéastes couronnés dans les trois grands festivals : Ours d’or pour La Nuit, Lion d’or pour Le Désert rouge, Palme d’or pour Blow-Up. Ce film-ci clôt le contrat de trois films qui le liait au producteur Carlo Ponti et à la MGM, après Blow-Up et Zabriskie Point.
Jack Nicholson, entre Chinatown et Vol au-dessus d’un nid de coucou, face à Maria Schneider, trois ans après Le Dernier Tango à Paris. Un détail éclaire le film : juste avant, Antonioni avait tourné en Chine un documentaire, Chung Kuo, à l’invitation du régime. Celui-ci l’a ensuite violemment dénoncé comme anti-chinois, lui reprochant d’avoir filmé la pauvreté plutôt que les réussites de la révolution. Son héros, ce soir, est un professionnel du regard sur l’autre. Vous verrez que le film pose sur ce regard des questions qui résonnent étrangement avec notre débat autour de Depardon.
David Locke, grand reporter de télévision, est quelque part au Sahara pour filmer une guérilla qu’il ne parvient pas à trouver. Épuisé, bredouille, il rentre à son hôtel perdu dans le désert. Il y découvre mort, dans la chambre voisine, un autre voyageur, un certain Robertson, avec qui il avait bavardé et qui lui ressemblait un peu. Alors Locke prend une décision : il échange leurs identités. Pour le monde, David Locke est mort. Il ne lui reste qu’un passeport qui n’est pas le sien, et l’agenda d’un inconnu, rempli de rendez-vous. Un conseil : acceptez le rythme d’Antonioni, ses silences, ses paysages, ses plans qui durent. Chez lui, c’est souvent dans le vide que tout se joue. Le reste doit se découvrir. Bonne séance à tous.