Le film
Après Drive My Car, où un homme de théâtre répétait les mots d’un autre, Kiyoshi Kurosawa nous fait entrer dans une famille où chacun joue un rôle, à commencer par le père.
À Tokyo, Ryūhei Sasaki, cadre modèle, perd son emploi du jour au lendemain. Il n’ose pas l’avouer : chaque matin, il part en costume comme si de rien n’était.
Prix du jury Un certain regard à Cannes en 2008, Tokyo Sonata voit le maître japonais de l’épouvante passer à la chronique familiale, portée par Teruyuki Kagawa et Kyōko Koizumi.
Un film tendre et grinçant, d’une justesse troublante, jusqu’à un final au piano qu’on n’oublie pas.
Le mot d’ouverture
On poursuit le Chapitre III, “Identité volée / rôle impossible”, avec un nouveau volet, “Les pères qui ne tiennent plus” : Tokyo Sonata, Tel père, tel fils et Daratt. La semaine dernière, Drive My Car : un metteur en scène qui se retrouvait en répétant Tchekhov. Ce soir, on ne joue plus sur une scène mais à la maison, et le rôle impossible est celui du chef de famille.
Kiyoshi Kurosawa, né en 1955 à Kobe, n’a aucun lien avec Akira, l’auteur de Kagemusha. Formé à l’université Rikkyō auprès du critique Shigehiko Hasumi, il fait ses armes dans les séries B, avant que Cure, en 1997, puis Kaïro en fassent un maître de l’épouvante. Professeur à l’Université des arts de Tokyo, il a eu pour élève Ryūsuke Hamaguchi. Il recevra en 2020 le Lion d’argent à Venise pour Les Amants sacrifiés.
Le scénario de départ n’est pas de lui. Il est signé Max Mannix, qui avait vécu onze ans au Japon et voulait le réaliser lui-même, dans l’esprit d’Ozu. Kurosawa le trouve un peu convenu et le réécrit en y glissant sa part d’étrangeté. À Cannes, en 2008, le film reçoit le prix du jury d’Un certain regard.
Tokyo, 2008. Les Sasaki forment une famille sans histoire : Ryūhei, le père (Teruyuki Kagawa), cadre dévoué ; Megumi, la mère (Kyōko Koizumi) ; Takashi, l’aîné, presque toujours dehors ; Kenji, le cadet, qui rêve de piano. Un jour, Ryūhei apprend que son poste est supprimé : l’entreprise lui préfère une main-d’œuvre chinoise moins chère. Le soir, il rentre à l’heure habituelle et ne dit rien. Un conseil : ne vous fiez pas au ton du début, le film glisse peu à peu vers l’étrange, parfois le burlesque, et garde sa plus belle note pour la fin. Le reste doit se découvrir. Bonne séance à tous.